ACADEMIE DE PARIS
Université René Descartes PARIS 5
Faculté de Médecine PARIS 5
MEMOIRE EN VUE DE L’OBTENTION
DU DIPLOME UNIVERSITAIRE D’ALCOOLOGIE
RECIT DE VIE
Par
Jean-Luc COLOCCI
Année Universitaire 2007 – 2008
Département de Santé Publique : Professeur Joël MENARD
Directeur de l’Enseignement : Professeur François GOUPY
Directeur de Mémoire : Professeur François GOUPY
REMERCIEMENTS
A ma compagne Valérie sans qui je n’aurai pas pu suivre cette formation.
Au Professeur GOUPY qui m’a accepté dans cet enseignement.
A Mme RUBEN son assistante.
A L’ENSEMBLE de l’équipe enseignante du DU d’alcoologie.
A Gérard DUTRO qui a permis cette inscription et m’a aidé à obtenir une aide financière.
A Roland FAUQUANT qui m’a soutenu, renseigné, aidé et documenté pendant cette année universitaire.
A mon ami André pour son soutien et sa confiance
A Oxalys et Jean BOYAVAL qui m’ont aidé financièrement.
Au conseil Général du Nord pour le financement des derniers trajets LILLE PARIS.
A Yves GAREL (décédé) qui m’a ouvert la voie des réunions alcooliques anonymes en témoignant avec humilité de son parcours.
A Xavier EMMANUELLI Président Fondateur du SAMU SOCIAL
A Jean Pierre DETEIX mon parrain des AA et NA
Aux membres des Alcooliques Anonymes et Narcotiques Anonymes.
*Reproduction du tableau du peintre Henri de Toulouse Lautrec : A La Mie 1891
PLAN DU MEMOIRE
Introduction Un D U d’Alcoologie : Pourquoi ?
RECIT : Enfance et adolescence -- Naissance de la dépendance
Vie professionnelle et conjugale progression de l’alcoolo dépendance
Période marginale : sdf alcoolique - 1ère reconstruction dans l’abstinence
Rechute : période, comportement - 2ème reconstruction dans l’abstinence
DISCUSSION : Causes et Analyse
CONCLUSION
Les raisons pour lesquelles je désire préparer
DIPLOME UNIVERSITAIRE d’ALCOOLOGIE
Mon expérience personnelle de dépendant alcoolique m’a fait comprendre pourquoi je suis devenu progressivement esclave de l’alcool.
Je suis convaincu que le fait d’avoir compris et assimilé les raisons de ma dépendance m’a aidé à devenir abstinent.
Mon projet est donc :
Aider les dépendants en restituant ce que j’ai reçu avec la crédibilité supplémentaire d’un professionnel.
Intégrer une structure humanitaire et caritative pour y animer un atelier.
Approche de la maladie alcoolique.
Convivialité, compréhension, déculpabilisation, espoir.
Interface avec médecins, alcoologues, centre de cures et post-cures.
Suivi des alcooliques devenus abstinents avec le concours des associations de réinsertion,
des groupes de paroles, des CMP.
Liaison avec les thérapeutes des autres addictions, (toxicomanie, boulimie, anorexie.)
Eclairer les anciens buveurs des associations sur les dangers de l’alcoolo dépendance.
1 RECIT
Je suis né le 12 décembre de l’année 1952. Mon père, Lucien ( Luciano, en italien) avait 28 ans quand je suis arrivé au sein d’une famille composée de ma mère, Marie-Jeanne, 22 ans, ma grand-mère maternelle, Marie, mon arrière grand-mère maternelle Florine, la sœur cadette de ma mère, Marie-Thérèse 14 ans.
Dans cette petite maison d’un village du nord de la France appelé DECHY
(Axe DOUAI CAMBRAI à 45 km environ de LILLE). Il y avait donc 4 femmes et un homme pour suivre de très près ma croissance.
Mon père travaillait à la Mine comme ouvrier à l’abattage, ma mère comme secrétaire dans une étude de notaire, ma tante était au lycée.
Ma grand-mère, veuve de guerre, encore jeune à l’époque, travaillait durement à la confection de pantalons et dans une ferme au moment des récoltes.
J’étais donc gardé par mon arrière grand-mère. Je lui en faisait voir des « vertes et des pas mûres « (aux dires de ma mère quelques années plus tard). Toujours d’après ma mère, je pleurais beaucoup dans la journée, on sut pourquoi ensuite : j’avais faim, les doses alimentaires de l’époque ne me suffisaient pas. Ce n’est pas que j’étais victime de privations mais plutôt de méconnaissance nutritionnelle : la règle était tel âge = telle dose.
Je pense d’ailleurs qu’à l’époque il n’existait pas de médecins nutritionnistes.
22 mois après ma naissance, mon frère Bernard fit son apparition. Mes parents, ayant fait construire une maison, nous avons déménagé dans le même village pour nous installer dans une maison neuve équipée du moderne de l’époque, salle de bains, toilettes à l’intérieur de la maison, chambres séparées enfants parents.
Comme ma mère travaillait en journée et mon père en 3/8 (travail posté: une semaine du matin; une semaine de l’après midi; une semaine de nuit), c’était ma grand-mère maternelle qui nous gardait. Elle venait de bonne heure à la maison pour nous lever, laver, habiller et nous donner le petit déjeuner.
Ensuite elle nous emmenait à l’école maternelle (j’avais 2 ans et demi quand je suis rentré à l’école maternelle). Elle restait à la maison de mes parents préparer le repas du midi et s’occuper des tâches ménagères d’une famille de 6 personnes ( ma tante était aussi avec nous). A midi elle venait nous chercher pour le repas et nous reconduisait ensuite à l’école pour l’après midi. Par la suite elle s’installa complètement avec ma tante ce fut plus facile pour tout le monde.
La paye de mon père + celle de ma mère ne suffisaient pas. Les dépenses, le remboursement du crédit pour la maison , la nourriture pour 6 etc…
tous les mois le budget était en péril. Ma mère décida de reprendre des études en vue d’obtenir le brevet de l’époque qui lui permit d’être institutrice.
Avant la reprise de ses études, elle n’était pas souvent auprès de ses 2 garçons. Ses études en plus de son travail chez le notaire, elle le fut encore moins. Ma grand-mère et ma tante étaient nos mères de substitution.
Ma 1ère sœur arriva en décembre 1957, j’avais 5 ans, j’étais encore à l’école maternelle, en dernière année. Mes souvenirs (des images dans ma mémoire) commencent à cette période. On disait de moi, à juste titre, que souvent je n’étais pas dans mon présent. J’étais un rêveur, j’avais la possibilité de «sortir et m’évader ».
Un jour que cet état second dépassa l’heure de sortie de la classe, j’oubliais mon petit frère à l’école. J’avais comme recommandation d’aller chercher mon frère à la sortie de sa classe et attendre l’arrivée de la grand-mère pour rentrer au domicile. L’école n’était pas loin, environ 400 mètres, avec 2 rues à traverser, ce jour là je suis rentré tout seul. Ce fut un peu la panique, ma grand-mère se rendit à l’école avec moi et nous avons retrouvé mon frère tranquillement assis sur les marches, il nous attendait dans la confiance.
Mes pensées étaient aussi occupées par Françoise, ma copine à qui je vouais déjà une certaine admiration. Elle était gentille et jolie, d’origine italienne comme moi. Son père et sa mère étaient italiens. Chez moi mon père était né italien, ma mère française.
Mes 2 autres grands parents, le père et la belle mère de mon père ( mon père a perdu sa mère naturelle quand il avait 2 ans) étaient deux personnes très gentilles. Mon grand père avait fui l’Italie dans les années 1920, au moment de la montée du fascisme. C’était un homme foncièrement bon qui lui aussi travaillait à la mine et cultivait 3 jardins potagers. Sa 2ème femme était ce qu’on appelle une femme enfant.
Je me souviens avoir été plusieurs fois chez eux, même y dormir, c’était toujours très agréable de les visiter. Mon grand père cuisinait des pâtes fraîches avec une sauce tomates viandes « maison », je me souviens encore du goût de ses préparations.
Ma grand-mère paternelle était toujours aux petits soins pour moi je savais déjà en profiter. Dans toute cette famille, côté mère ou côté père, il n’y avait pas d’alcooliques. Du vin en mangeant pour les adultes hommes, un verre de bière de temps en temps sans jamais sombrer dans l’excès, la pratique de l’apéro n’était pas encore instaurée. J’ai du goûté mon premier verre de bière à l’âge de 7 ans et encore c’était de la très légère( faible degré d’alcool). Il faut dire aussi que dans le Nord de la France, la bière était de consommation courante et beaucoup de gens pensaient et disaient que la bière « ce n’était pas de l’alcool ». Je me souviens que j’aimais le goût de ce breuvage, il n’avait pas à l’époque la faculté de me mettre dans l’euphorie, compte tenu de son faible degré d’alcool.
Pour en revenir à l’école primaire, je me souviens avoir fait un cours préparatoire et un cours élémentaire 1 sans problèmes et avec des résultats très satisfaisants.
Apprendre m’intéressait et de plus « çà rentrait bien ». Le soir à la maison je faisais mes devoirs à la maison avec ma tante ( qui était aussi ma marraine de baptême), je traversais ma petite vie sans écueils. Je ne sais plus comment c’est venu, peut être avec la visite du curé du village, vers l’âge de 8 ans je me suis retrouvé « enfant de chœur » à l’église. Ma mère, ma marraine, ma grand-mère étaient très croyantes, j’allais à la messe tous les dimanches, je fus donc « enfant de chœur ». En préparant les burettes dans la sacristie, l’une avec du vin blanc l’autre avec de l’eau , je fus attiré par l’odeur du vin que j’ai trouvé agréable. J’ai donc goûté, j’ai trouvé çà bon et la 1ère fois j’en ai bu une burette. J’avais peur d’être surpris par le curé ou un autre enfant de chœur. Pas d’effet euphorique mais un certain bien être.
A 7 ans ½, je rentrais en classe de CE 2, cours élémentaire 2. Ce fut comme une douche qui se précipitait sur moi quand j’entendis les cris, vociférations, insultes de cet instituteur dont je tairais le nom ( j’ai su plus tard qu’il était malade des nerfs comme on disait avant). Toute la journée, je la passais à être dans la peur de recevoir une règle, un taille crayon, tout ce qu’il avait sous la main lancé à travers la classe pour faire taire les élèves les plus audacieux. Je n’ai rien appris cette année là, mes notes furent désastreuses, les punitions à la maison quotidiennes çà variait entre 100 lignes et 500 selon l’importance de la crise). Mes parents convaincus que le Maître savait ce qu’il faisait me tenait rigueur de mes écarts de conduite et parfois doublait la punition. Ma mère était institutrice à l’école des filles à côté de l’école des garçons dans laquelle j’étais. Ce malade était assez malin pour cacher ses écarts de conduite et savait « donner le change ». Toujours est-il qu’il fut le 1er homme à enfermer mon « moi » ,créer un climat de suspicion entre mes parents et moi, me mettre devant l’injustice accomplie sans pouvoir me défendre et me justifier. **
C’est aussi à ce moment là que ma tante marraine rencontra son amoureux
qui fut ensuite son mari. Elle passa moins de temps avec moi, j’eus l’impression d’un abandon. **
J’ai toujours cette image en tête quand je pense à mon enfance avec un peu
d’amertume : Un soir que je la cherchais, je la vis embrasser sur la bouche son fiancé, je fus surpris, attristé, trahi. Cela se passait devant la maison, j’ai vite refermer la porte comme si de rien était.
En juin 1960, ma sœur, Isabelle est arrivée à partir de cette année là je n’ai jamais plus pris le chemin de l’école avec entrain, je n’ai plus jamais été dans les premiers de la classe voire, le premier comme je le fus les 2 1ères années de scolarité. A la maison le climat s’en ressentait, ma mère et mon père (poussé par ma mère) m’enguirlandaient souvent, je ne savais pas quoi répondre, j’étais bloqué quand le ton de voix s’élevait. C’était comme si un orage entrait dans ma tête, plus possible de réfléchir.
La fragilité émotionnelle déjà présente s’est accentuée. Comme j’étais plus ou moins considéré comme un paresseux rêveur, ma personnalité s’est bloquée à ce moment là et souvent je m’isolais pour entretenir mes ressentiments ou pleurer seul sur mon existence. Je sais et je comprends que ma mère souffrait doublement de mon attitude : en tant que mère et institutrice à la fois. J’arrivais quand même à obtenir la moyenne des notes car j’étais surveillé par ma mère et les enseignants.
A l’école primaire j’ai donc perdu 1 an, les autres classes jusqu’à la fin du cours moyen 2 je suis resté avec le même comportement en expliquant que je ne pouvais pas en faire plus. Je faisais déjà des efforts pour obtenir la moyenne donc pour moi c’était comme çà pas autrement. Les vacances scolaires je les passais une fois sur deux chez mon oncle qui était aussi mon parrain de baptême. Cet homme était pédophile et il me fit subir des séances de masturbation. Il me masturbait et je devais lui faire la même chose en même temps. C’est comme cela que je découvris l’éjaculation et le plaisir qui va avec. Je n’étais pas effrayé par ces pratiques, il m’avait demandé de n’en parler à personne ce que je fis pendant des années. Il achetait mon silence avec de l’argent de poche ce qui me permettait d’acheter des friandises et des pâtisseries près de l’école primaire. Je ne me sentais pas coupable de mauvaises actions, c’est bien après que j’ai développé de la culpabilité.
Vers l’âge de 11 ans je fis ma communion solennelle et ce jour j’eus ma première petite euphorie grâce à la fête, les invités les petits verres bus en cachette avec les autres garçons . Malheureusement, je fus malade car j’avais voulu faire comme les grands, fumer un cigare caché derrière le tonneau d’eau de pluie, le mélange alcool cigare ne plut pas à mon foie. A 13 ans je suis rentré au CES en classe de 4ème. Cette école était située à 12 km du domicile. Il y avait un ramassage en bus matin et soir.
C’est à cette époque que j’ai commencé à aller au café fréquemment. Le soir après l’école, nous attendions le bus sur la place principale sur laquelle il y avait un café. J’avais toujours de l’argent sur moi, l’argent de poche était déjà instauré. De plus les grands-mères et grand père alimentaient. Je savais aussi bien manipuler pour obtenir des soi disantes économies qui partaient en « liquides ».j’ai donc consommé à partir de ce temps là de la bière fréquemment. C’était bon, çà marquait la fin de la journée scolaire, je ne m’enivrais pas mais j’étais bien.
Toute la journée « je trimballais » un mal être épouvantable
Surtout avec le professeur principal à qui ma mère avait demandé un suivi particulier. A la moindre parole émise sans autorisation, au moindre écart de
conduite( bruit intempestif, rire) j’avais droit à la punition corporelle devant mes camarades de classe. Comment je l’ai haï cette brute, professeur de français, histoire géo et musique. Quelle humiliation !!!
Quand ma mère me demandait si çà avait été à l’école je disais toujours oui. Je n’avais pas envie de raconter ce qui s’était passé surtout quand çà avait été mal. Le professeur se chargeait bien de renseigner mes parents. Donc j’étais un fainéant, un menteur, un vicieux et je perdais mon temps à l’école. Je pense vraiment ( je revois encore la scène dans ma tête aujourd’hui) qu’il prenait plaisir à me corriger, même qu’il y mettait une certaine recherche, une pointe de sadisme. Je vois encore sur son visage le rictus, quand après m’avoir appelé au bureau sur l’estrade, il s’apprêtait à me frapper le derrière avec la grande règle. Il arrivait à me retourner, me tenir par les jambes d’une main et de l’autre m’administrer une correction avec la règle. Sans compter entre deux les tirages d’oreilles, les claques derrière la tête( pas de marques). Un peu à la fois j’en prenais mon parti en essayant tout de même de ne pas provoquer ces scènes humiliantes. Lui aussi je lui en voulus pendant des années, nourrissant même quand j’étais ivre des désirs et projets de vengeance. Les claques derrière la tête, çà crée une résonance.
L’occasion n’a pas eu lieu, je n’ai pas cherché après et c’est mieux ainsi.
INCOMPRIS parce que je ne pouvais pas m’exprimer, le mal être de la journée continuait le soir à la maison.
Au village il y avait un foyer de jeunes où théoriquement il n’y avait pas d’alcool. Néanmoins je rentrais parfois en état d’ébriété, avec une euphorie qui ne m’était pas habituelle. Quelques cannettes de bière, de la musique et je m’évadais.
J’ai quand même réussi à obtenir le BEPC et en septembre 1968 je rentrais en seconde Economique à l’institut Colbert de Tourcoing . En effet, mes parents n’avaient pas trouvé mieux de me mettre en pension. Ils pensaient que j’aurais de meilleurs résultats et fréquentations.
En 1968, j’avais 16 ans, je sortais déjà sans autorisation J’allais au bal le samedi soir ( je passais par la fenêtre, marchais sur la véranda pour atterrir dans le jardin). J’y allais pour draguer les filles mais le plus souvent c’est au bar que çà se terminait . Il me fallait boire une bière ou deux avant de proposer à une fille de danser.
Si elle était d’accord, je faisais connaissance, j’allais souvent un peu vite en besogne, ce qui terminait la relation rapidement.
Dans ce cas, je rejoignais le bar et buvais quelques bières jusqu’à plus de sous et je rentrais à la maison aussi droit que possible et sans bruit. Je devais faire le parcours inverse, monter sur la véranda, 1ère difficulté, marcher le long des planches pour ne pas passer au travers, 2éme difficulté et le tout sans bruit.
Avant de partir, je laissais la fenêtre entrouverte pour pouvoir regagner mon lit. Il est arrivé que je la retrouve fermée. Dans ce cas je réveillais mon frère pour qu’il vienne ouvrir parfois c’était le père qui arrivait. Pas de châtiment corporel mais l’assurance d’avoir une longue explication quelques heures plus tard.
J’avais toujours de l’argent car en plus de ce qu’on me donnait, je faisais des ponctions régulières dans les porte-monnaie. La sensation éprouvée par les vols me mettait en état d’euphorie, j’étais énervé, anxieux, aujourd’hui je sais que cela faisait monter le taux d’adrénaline. Il y avait la peur d’être pris sur le fait mais aussi, mentalement la projection de pouvoir sortir, dépenser, boire comme les grands, échapper au pesant climat familial.
Je vivais ces larcins dangereusement, j’avais repéré que mes parents étaient un peu laxistes en matière de gestion ( j’ai eu la même déficience pendant de nombreuses années).
Tous les mercredi après midi, nous pouvions sortir de la pension. L’institut Colbert à Tourcoing n’est pas loin du centre ville. La sortie « cinéma » devenait « bistro ». Sur la place du centre ville il y avait un café où il régnait une chaleur conviviale. Des clients à table, au bar, jouant aux dés ou à la belote. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai appris le 421 et la belote comptoir. Deux jeux de bistrots permettant de boire un coup à la fin de chaque partie. De 14H00 à 17H30, je buvais 5 à 6 « demi ». Au retour je me sentais léger et c’est avec candeur que la journée se terminait.
C’EST A PARTIR de ces mercredi après midi, ces samedi soir qu’est née la dépendance alcoolique.
Comme j’écoutais quand même en cours, j’obtins sans trop de problèmes la moyenne ce qui me permit de passer en 1ère mais pas dans le même établissement. Poursuivant son entêtement, ma mère me fit rentrer dans un lycée de Tourcoing en 1ère G3 Techniques commerciales de distribution. Dans ce lycée, pas de pensionnaires masculins, étant donné le nombre important de pensionnaires féminines. A l’époque nous étions au début de la mixité, il fallait éviter les dérives !!
De ce fait, ma mère me loua une chambre chez l’habitant. Entre le lycée et la maison il y avait un café avec un billard, un flipper et des pompes à bière. La patronne était charmante et gentille, elle s’appelait « Michou ». Dans le lycée il y avait un garçon dans la même situation que moi, nous fîmes amis
amis rapidement. Il aimait aussi boire de la bière et rester dans l’ambiance
conviviale du bistro
Après cette année scolaire à Tourcoing, les vacances se passèrent entre copains au foyer des jeunes du village, au club les samedi et dimanche après midi. Le père d’un copain nous avait prêté une remise dans laquelle nous installâmes un petit comptoir avec sono et boissons, 2 tables, chaises et canapé. C’était « le club des rockers gaulois ». Les parents qui avaient prêté la remise nous « foutaient « une paix royale.
De ce fait nous pouvions boire de la bière sans compter, recevoir des copains d’autres villages et aussi des filles pour « flirter ».
Cet endroit servait aussi de lieu de rendez vous avant d’aller au bal, au thé
dansant ou en discothèque. Les consommations payées à prix coûtant nous permettaient d’arriver dans les lieux dansants un peu éméchés à moindre frais.
Les deux années scolaires, jusqu’au baccalauréat, qui suivirent se firent au lycée de la ville voisine. Le soir avant de rentrer à la maison il y avait tous les jours un arrêt bistrot, les samedi soir « cuites en boites de nuit ».
La scolarité se termina par la Terminale. Je ne souhaitais pas continuer mes études, de ce fait sachant qu’il y avait le service national à accomplir je ne me pas mis à la recherche d’un emploi durable et définitif. Je fréquentais le week-end un café qui faisait un peu « dancing ». Il y eut une place de barman vacante ce qui fit mon affaire. Je pus donc travailler dans une plaisante activité, gagner un peu d’argent et consommer sans véritable modération ( le patron aimait aussi boire un coup).
En juin 1973 je fis un peu plus d’un mois de service militaire à la Base aérienne d’Orange. Je n’avais pas vraiment envie de « soldater » pendant un an.
A la visite médicale, j’ai parlé de ma scoliose dorsolombaire et de mes fréquents
« mal au dos », en juillet je fus ajourné. De retour au domicile familial, je me mis à chercher du travail. Une amie de la famille travaillait au Rectorat de Lille, elle me fit embauché au Service Financier en tant qu’employé de bureau. Je n’avais pas un travail très intéressant, bien en dessous de mes capacités intellectuelles c’était un peu frustrant. Heureusement j’avais un chef de bureau très arrangeant ce qui me permettait de me reposer parfois quand la veille j’avais trop picolé. En effet, l’ennui provoqué par ce travail rébarbatif éveillait tous les jours des envies d’euphories. Le café où j’avais travaillé avant la période « armée » ouvrait en semaine le soir. C’était la réunion des clients attitrés et nous buvions quelques tournées dans une ambiance musicale et conviviale. Je disposais de la totalité de mon salaire de ce fait je pouvais boire sans vraiment compter. Je buvais tous les jours dés midi, avant, pendant et après le repas sans vraiment m’alcooliser. En fait je remettais « la distillerie « en en route ce qui avait comme effet de me sentir bien, comme sorti d’un cocon. J’avais du mal à exprimer mes opinions sans l’aide de l’alcool. Je pris conscience petit à
petit que l’alcool était un médicament « anti timidité ». J’avais vraiment l’impression de perdre mon temps dans ce bureau. Une collègue avait un ami intime en poste au Groupes des Assurances Nationales à Lille. Ce monsieur était Inspecteur Général. Il me fit obtenir une embauche dans le groupe en tant qu’agent général en formation. J’avais 22 ans. Je partis en stage au siège à Paris pour 3 mois, salaire, frais de déplacements et l’hôtel payés, une aubaine ! Mes habitudes de consommation ne changèrent pas. Midi et soir, alcool. C’était devenu normal et rituel. Je fis la connaissance d’un élève agent originaire de Cahors. Le soir : bistrot après les cours, resto et « dodo » à l’hôtel. Etre à Paris et ne pas profiter des sorties nocturnes, c’était impensable. Mon collègue ne tenait pas à faire des sorties tardives. N’écoutant que mes envies, j’entrepris de découvrir Paris la nuit. Après quelques sorties en cabarets, je fis la connaissance de « La Coupole » haut lieu de rencontres inter âges du 14ème arrondissement. J’avais été renseigné par un chauffeur de taxi. Il m’avait expliqué que des dames venaient là pour faire la connaissance d’hommes plus jeunes qu’elles. J’ai donc rencontré une dame qui avait deux fois mon âge et un comportement de femme enfant. J’étais attiré par la différence d’âge, l’aisance financière (elle était mariée avec un directeur général de banque), elle-même travaillait à mi-temps chez un dentiste. Son mari, Georges était d’origine alsacienne, elle bretonne.
Je fus pendant 2 mois son amant, son cousin breton en présence de georges. Tous les soirs de la semaine, après les cours, j’allais chez elle, nous faisions l’amour et ensuite attendions le retour de georges pour dîner sur place ou au restaurant. Il me fit connaître de grands restaurants. Partout où nous allions la bière et le vin coulaient. Il était bon vivant, son tour de taille en témoignait.
Je n’étais pas obligé de me restreindre et en plus c’est lui qui payait les additions.
Derniers Commentaires