Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 23:03

 

                                      ACADEMIE  DE  PARIS                                  

 

Université  René  Descartes  PARIS  5

 

Faculté  de  Médecine  PARIS  5

 

 

 

 

MEMOIRE  EN  VUE  DE  L’OBTENTION

 

DU  DIPLOME  UNIVERSITAIRE  D’ALCOOLOGIE

 

 

 

 

 

                                         

RECIT  DE  VIE

 

Par

Jean-Luc  COLOCCI

 

 

 

Année  Universitaire  2007 – 2008

 

 

 

 

Département  de  Santé  Publique : Professeur  Joël  MENARD

 

Directeur  de  l’Enseignement : Professeur  François  GOUPY 

 

Directeur  de  Mémoire : Professeur  François  GOUPY

 

                                                                                                                                      

REMERCIEMENTS

 

 

A ma compagne Valérie sans qui je n’aurai pas pu suivre cette formation.

 

Au Professeur GOUPY qui m’a accepté dans cet enseignement.                                   

 

A Mme RUBEN  son assistante.

 

A L’ENSEMBLE  de l’équipe enseignante du DU d’alcoologie.

 

A Gérard DUTRO qui a permis cette inscription et m’a aidé à obtenir   une aide financière.

 

A Roland FAUQUANT qui m’a soutenu, renseigné, aidé et documenté pendant cette année universitaire.

 

A mon ami André pour son soutien et sa confiance

 

A Oxalys et Jean BOYAVAL qui m’ont aidé financièrement.

 

Au conseil Général du Nord pour le financement des derniers trajets  LILLE PARIS.

 

A Yves GAREL  (décédé) qui m’a ouvert la voie des réunions alcooliques anonymes en témoignant avec humilité de son parcours.

 

A Xavier EMMANUELLI Président Fondateur du SAMU SOCIAL

 

A Jean Pierre DETEIX mon parrain des AA et NA

 

Aux membres des Alcooliques Anonymes et Narcotiques Anonymes.

 

                                                                                                                                                             

 

 

 

 

*Reproduction du tableau du peintre Henri de Toulouse Lautrec : A La Mie  1891

 

 

 

 

 

PLAN DU MEMOIRE

 

 

Introduction  Un  D U d’Alcoologie : Pourquoi ?

 

RECIT : Enfance et adolescence   --    Naissance  de la dépendance

 

Vie professionnelle et conjugale  progression de l’alcoolo dépendance

 

Période marginale : sdf  alcoolique - 1ère reconstruction dans l’abstinence

 

Rechute : période, comportement - 2ème reconstruction dans l’abstinence

 

DISCUSSION : Causes et Analyse

 

CONCLUSION                                                                                     

 

 

Les raisons pour lesquelles je désire préparer

DIPLOME  UNIVERSITAIRE  d’ALCOOLOGIE

 

 

Mon expérience personnelle de dépendant alcoolique m’a fait comprendre pourquoi je suis devenu progressivement esclave de l’alcool.

 

Je suis convaincu que le fait d’avoir compris et assimilé les raisons de ma dépendance m’a aidé à devenir abstinent.

 

Mon  projet  est  donc :

 

Aider les dépendants en restituant ce que j’ai reçu avec la crédibilité supplémentaire d’un professionnel.

 

 

Intégrer une structure humanitaire et caritative pour y animer un atelier.

 

Approche de la maladie alcoolique.

 

 

Convivialité, compréhension, déculpabilisation, espoir.

 

 

Interface avec médecins, alcoologues, centre de cures et post-cures.

 

 

Suivi des alcooliques devenus abstinents avec le concours des associations de réinsertion,

des groupes de paroles, des CMP.

 

 

Liaison avec les thérapeutes des autres addictions, (toxicomanie, boulimie, anorexie.)

 

 

Eclairer les anciens buveurs des associations sur les dangers de l’alcoolo dépendance.

 

 

 

 

 

1   RECIT

 

 

Je suis né le 12 décembre de l’année 1952. Mon père, Lucien ( Luciano, en italien) avait 28 ans quand je suis arrivé au sein d’une famille composée de ma mère, Marie-Jeanne, 22 ans, ma grand-mère maternelle, Marie, mon arrière grand-mère maternelle Florine, la sœur cadette de ma mère, Marie-Thérèse  14 ans.

 

Dans cette petite maison d’un village du nord de la France appelé   DECHY

(Axe DOUAI  CAMBRAI à 45 km environ de LILLE). Il y avait donc 4 femmes et un homme pour suivre de très près ma croissance.

 

Mon père travaillait à la Mine comme ouvrier à l’abattage, ma mère comme secrétaire dans une étude de notaire, ma tante était au lycée.

 

Ma grand-mère, veuve de guerre, encore jeune à l’époque, travaillait durement à la confection de pantalons et dans une ferme au moment des récoltes.               

 

J’étais donc gardé par mon arrière grand-mère. Je lui en faisait voir des « vertes et des pas mûres « (aux dires de ma mère quelques années plus tard). Toujours d’après ma mère, je pleurais beaucoup dans la journée, on sut pourquoi ensuite : j’avais faim, les doses alimentaires de l’époque ne me suffisaient pas. Ce n’est pas que j’étais victime de privations mais plutôt de méconnaissance nutritionnelle : la règle était tel âge = telle dose.

Je pense d’ailleurs qu’à l’époque il n’existait pas de médecins nutritionnistes.

 

22 mois après ma naissance, mon frère Bernard fit son apparition. Mes parents, ayant fait construire une maison, nous avons déménagé dans le même village pour nous installer dans une maison neuve équipée du moderne de l’époque, salle de bains, toilettes à l’intérieur de la maison, chambres séparées enfants parents.

 

Comme ma mère travaillait en journée et mon père en 3/8 (travail posté: une semaine du matin; une semaine de l’après midi; une semaine de nuit), c’était ma grand-mère maternelle qui nous gardait. Elle venait de bonne heure à la maison pour nous lever, laver, habiller et nous donner le petit déjeuner.

 

Ensuite elle nous emmenait  à l’école maternelle (j’avais 2 ans et demi quand je suis rentré à l’école maternelle). Elle restait à la maison de mes parents préparer le repas du midi et s’occuper des tâches ménagères d’une famille de 6 personnes ( ma tante était aussi avec nous). A midi elle venait nous chercher pour le repas et nous reconduisait ensuite à l’école pour l’après midi. Par la suite elle s’installa complètement avec ma tante ce fut plus facile pour tout le monde.

 

La paye de mon père + celle de ma mère ne suffisaient pas. Les dépenses, le remboursement du crédit pour la maison , la nourriture pour 6 etc…

tous les mois le budget était en péril. Ma mère décida de reprendre des études en vue d’obtenir le brevet de l’époque qui lui permit d’être institutrice.

 

Avant la reprise de ses études, elle n’était pas souvent auprès de ses 2 garçons. Ses études en plus de son travail chez le notaire, elle le fut encore moins. Ma grand-mère et ma tante étaient nos mères de substitution.

Ma 1ère sœur arriva en décembre 1957, j’avais 5 ans, j’étais encore à l’école maternelle, en dernière année. Mes souvenirs (des images dans ma mémoire) commencent à cette période. On disait de moi, à juste titre, que souvent je n’étais pas dans mon présent. J’étais un rêveur, j’avais la possibilité de  «sortir et m’évader ».

 

Un jour que cet état second dépassa l’heure de sortie de la classe, j’oubliais mon petit frère à l’école. J’avais comme recommandation d’aller chercher mon frère à la sortie de sa classe et attendre l’arrivée de la grand-mère pour rentrer au domicile. L’école n’était pas loin, environ 400 mètres, avec 2 rues à traverser, ce jour là je suis rentré tout seul. Ce fut un peu la panique, ma grand-mère se rendit à l’école avec moi et nous avons retrouvé mon frère tranquillement assis sur les marches, il nous attendait dans la confiance.

 

Mes pensées étaient aussi occupées par Françoise, ma copine à qui je vouais déjà une certaine admiration. Elle était gentille et jolie, d’origine italienne comme moi. Son père et sa mère étaient italiens. Chez moi mon père était né italien, ma mère française.

 

Mes 2 autres grands parents, le père et la belle mère de mon père ( mon père a perdu sa mère naturelle quand il avait 2 ans)  étaient deux personnes très gentilles. Mon grand père avait fui l’Italie dans les années 1920, au moment de la montée du fascisme. C’était un homme foncièrement bon qui lui aussi travaillait à la mine et cultivait 3 jardins potagers. Sa 2ème femme était ce qu’on appelle une femme enfant.

Je me souviens avoir été plusieurs fois chez eux, même y dormir, c’était toujours très agréable de les visiter. Mon grand père cuisinait des pâtes fraîches avec une sauce tomates viandes « maison », je me souviens encore du goût de ses préparations.

 

Ma grand-mère paternelle était toujours aux petits soins pour moi je savais déjà en profiter. Dans toute cette famille, côté mère ou côté père, il n’y avait pas d’alcooliques. Du vin en mangeant pour les adultes hommes, un verre de bière de temps en temps sans jamais sombrer dans l’excès, la pratique de l’apéro n’était pas encore instaurée. J’ai du goûté mon premier verre de bière à l’âge de 7 ans et encore c’était de la très légère( faible degré d’alcool). Il faut dire aussi que dans le Nord de la France, la bière était de consommation courante et beaucoup de gens pensaient et disaient que la bière « ce n’était pas de l’alcool ». Je me souviens que j’aimais le goût de ce breuvage, il n’avait pas à l’époque la faculté de me mettre dans l’euphorie, compte tenu de son faible degré d’alcool.

 

Pour en revenir à l’école primaire, je me souviens avoir fait un cours préparatoire et un cours élémentaire 1 sans problèmes et avec des résultats très satisfaisants.

Apprendre m’intéressait et de plus « çà rentrait bien ». Le soir à la maison je faisais mes devoirs à la maison avec ma tante ( qui était aussi ma marraine de baptême), je traversais ma petite vie sans écueils. Je ne sais plus comment c’est venu, peut être avec la visite du curé du village, vers l’âge de 8 ans je me suis retrouvé « enfant de chœur » à l’église. Ma mère, ma marraine, ma grand-mère étaient très croyantes, j’allais à la messe tous les dimanches, je fus donc « enfant de chœur ». En préparant les burettes dans la sacristie, l’une avec du vin blanc l’autre avec de l’eau , je fus attiré par l’odeur du vin que j’ai trouvé agréable. J’ai donc goûté, j’ai trouvé çà bon et la 1ère fois j’en ai bu une burette. J’avais peur d’être surpris par le curé ou un autre enfant de chœur. Pas d’effet euphorique mais un certain bien être.

 

A 7 ans ½, je rentrais en classe de CE 2, cours élémentaire 2. Ce fut comme une douche qui se précipitait sur moi quand j’entendis les cris, vociférations, insultes de cet instituteur dont je tairais le nom ( j’ai su plus tard qu’il était malade des nerfs comme on disait avant). Toute la journée, je la passais à être dans la peur de recevoir une règle, un taille crayon, tout ce qu’il avait sous la main lancé à travers la classe pour faire taire les élèves les plus audacieux. Je n’ai rien appris cette année là, mes notes furent désastreuses, les punitions à la maison quotidiennes çà variait entre 100 lignes et 500 selon l’importance de la crise). Mes parents convaincus que le Maître savait ce qu’il faisait me tenait rigueur de mes écarts de conduite et parfois doublait la punition. Ma mère était institutrice à l’école des filles à côté de l’école des garçons dans laquelle j’étais. Ce malade était assez malin pour cacher ses écarts de conduite et savait «  donner le change ». Toujours est-il qu’il fut le 1er homme à enfermer mon « moi » ,créer un climat de suspicion entre mes parents et moi, me mettre devant l’injustice accomplie sans pouvoir me défendre et me justifier. **

 

C’est aussi à ce moment là que ma tante marraine rencontra son amoureux

qui fut ensuite son mari. Elle passa moins de temps avec moi, j’eus l’impression d’un abandon. **

J’ai toujours cette image en tête quand je pense à mon enfance avec un peu

d’amertume : Un soir que je la cherchais, je la vis embrasser sur la bouche son fiancé, je fus surpris, attristé, trahi. Cela se passait devant la maison, j’ai vite refermer la porte comme si de rien était.

 

En juin 1960, ma sœur, Isabelle est arrivée à partir de cette année là je n’ai jamais plus pris le chemin de l’école avec entrain, je n’ai plus jamais été dans les premiers de la classe voire, le premier comme je le fus les 2 1ères années de scolarité. A la maison le climat s’en ressentait, ma mère et mon père (poussé par ma mère) m’enguirlandaient souvent, je ne savais pas quoi répondre, j’étais bloqué quand le ton de voix s’élevait. C’était comme si un orage entrait dans ma tête, plus possible de réfléchir.

 

La fragilité émotionnelle déjà présente s’est accentuée. Comme j’étais plus ou moins considéré comme un paresseux rêveur, ma personnalité s’est bloquée à ce moment là et souvent je m’isolais pour entretenir mes ressentiments ou pleurer seul sur mon existence. Je sais et je  comprends que ma mère souffrait doublement de mon attitude : en tant que mère et institutrice à la fois. J’arrivais quand même à obtenir la moyenne des notes car j’étais surveillé par ma mère et les enseignants.

 

A l’école primaire j’ai donc perdu 1 an, les autres classes jusqu’à la fin du cours moyen 2 je suis resté avec le même comportement en expliquant que je ne pouvais pas en faire plus. Je faisais déjà des efforts pour obtenir la moyenne donc pour moi c’était comme çà pas autrement. Les vacances scolaires je les passais une fois sur deux chez mon oncle qui était aussi mon parrain de baptême. Cet homme était pédophile et il me fit subir des séances de masturbation. Il me masturbait et je devais lui faire la même chose en même temps. C’est comme cela que je découvris l’éjaculation et le plaisir qui va avec. Je n’étais pas effrayé par ces pratiques, il m’avait demandé de n’en parler à personne ce que je fis pendant des années. Il achetait mon silence avec de l’argent de poche ce qui me permettait d’acheter des friandises et des pâtisseries  près de l’école primaire. Je ne me sentais pas coupable de mauvaises actions, c’est bien après que j’ai développé de la culpabilité. 

 

 

Vers l’âge de 11 ans je fis ma communion  solennelle et ce jour j’eus ma première petite euphorie grâce à la fête, les invités les petits verres bus en cachette avec les autres garçons . Malheureusement, je fus malade car j’avais voulu faire comme les grands, fumer un cigare caché derrière le tonneau d’eau de pluie, le mélange alcool cigare ne plut pas à mon foie. A 13 ans je suis rentré au CES en classe de 4ème. Cette école était située à 12 km du domicile. Il y avait un ramassage en bus matin et soir.

 

C’est à cette époque que j’ai commencé à aller au café fréquemment. Le soir après l’école, nous attendions le bus sur la place principale sur laquelle il y avait un café. J’avais toujours de l’argent sur moi, l’argent de poche était déjà instauré. De plus les grands-mères et grand père alimentaient. Je savais aussi bien  manipuler pour obtenir des soi disantes économies qui partaient en « liquides ».j’ai donc consommé à partir de ce temps là de la bière fréquemment. C’était bon, çà marquait la fin de la journée scolaire, je ne m’enivrais pas mais j’étais bien.

 

 

Toute  la  journée  «  je  trimballais »   un  mal  être  épouvantable

 

 

Surtout avec le professeur principal à qui ma mère avait demandé un suivi particulier. A la moindre parole émise sans autorisation, au moindre écart de

conduite( bruit intempestif, rire) j’avais droit à la punition corporelle devant mes camarades de classe. Comment je l’ai haï cette brute, professeur de français, histoire géo et musique. Quelle humiliation !!!

 

Quand ma mère me demandait si çà avait été à l’école je disais toujours oui. Je n’avais pas envie de raconter ce qui s’était passé surtout quand çà avait été mal. Le professeur se chargeait bien de renseigner mes parents. Donc j’étais un fainéant, un menteur, un vicieux et je perdais mon temps à l’école. Je pense vraiment ( je revois encore la scène dans ma tête aujourd’hui) qu’il prenait plaisir à me corriger, même qu’il y mettait une certaine recherche, une pointe de sadisme. Je vois encore sur son visage le rictus, quand après m’avoir appelé au bureau sur l’estrade, il s’apprêtait à me frapper le derrière avec la grande règle. Il arrivait à me retourner, me tenir par les jambes d’une main et de l’autre m’administrer une correction avec la règle. Sans compter entre deux les tirages d’oreilles, les claques derrière la tête( pas de marques). Un peu à la fois j’en prenais mon parti en essayant tout de même de ne pas provoquer ces scènes humiliantes. Lui aussi je lui en voulus pendant des années, nourrissant même quand j’étais ivre des désirs et projets de vengeance. Les claques derrière la tête, çà crée une résonance.

 

L’occasion n’a pas eu lieu, je n’ai pas cherché après et c’est mieux ainsi.

INCOMPRIS parce que je ne pouvais pas m’exprimer, le mal être de la journée continuait le soir à la maison.

 

Au village il y avait un foyer de jeunes où théoriquement il n’y avait pas d’alcool. Néanmoins je rentrais parfois en état d’ébriété, avec une euphorie qui ne m’était pas habituelle. Quelques cannettes de bière, de la musique et je m’évadais.

 

J’ai quand même réussi à obtenir le BEPC et en septembre 1968 je rentrais en  seconde  Economique à l’institut Colbert de Tourcoing . En effet, mes parents n’avaient pas trouvé mieux de me mettre en pension. Ils pensaient que j’aurais de meilleurs résultats et fréquentations.  

 

En 1968, j’avais 16 ans, je sortais déjà sans autorisation J’allais au bal le samedi soir ( je passais par la fenêtre, marchais sur la véranda pour atterrir dans le jardin). J’y allais pour draguer les filles mais le plus souvent c’est au bar que çà se terminait . Il me fallait boire une bière ou deux avant de proposer à une fille de danser.

Si elle était d’accord, je faisais connaissance, j’allais souvent un peu vite en besogne,  ce qui terminait la relation rapidement.

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce cas, je rejoignais le bar et buvais quelques bières jusqu’à plus de sous et je rentrais à la maison aussi droit que possible et sans bruit. Je devais faire le parcours inverse, monter sur la véranda, 1ère difficulté,   marcher le long des planches pour ne pas passer au travers, 2éme difficulté et le tout sans bruit.

Avant de partir, je laissais la fenêtre entrouverte pour pouvoir regagner mon lit. Il est arrivé que je la retrouve fermée.  Dans ce cas je réveillais mon frère pour qu’il vienne ouvrir parfois c’était le père qui arrivait. Pas de châtiment corporel mais l’assurance d’avoir une longue explication quelques heures plus tard.

J’avais toujours de l’argent car en plus de ce qu’on me donnait, je faisais des ponctions régulières dans les porte-monnaie.  La sensation éprouvée par les vols me mettait en état d’euphorie, j’étais énervé, anxieux,  aujourd’hui je sais que cela faisait monter le taux d’adrénaline. Il y avait la peur d’être pris sur le fait mais aussi, mentalement la projection de pouvoir sortir, dépenser, boire comme les grands, échapper au pesant climat familial.

 

Je vivais ces larcins dangereusement, j’avais repéré que mes parents étaient un peu laxistes en matière de gestion ( j’ai eu la même déficience pendant de nombreuses années).

Tous les mercredi après midi, nous pouvions sortir de la pension. L’institut Colbert à Tourcoing n’est pas loin du centre ville. La sortie « cinéma » devenait « bistro ». Sur la place du centre ville il y avait un café où il régnait une chaleur conviviale. Des clients à table, au bar, jouant aux dés ou à la belote. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai appris le 421 et la belote comptoir. Deux jeux de bistrots permettant de boire un coup à la fin de chaque partie. De 14H00 à 17H30, je buvais 5 à 6 « demi ». Au retour je me sentais léger et c’est avec candeur que la journée se terminait.

C’EST A PARTIR de ces mercredi après midi, ces samedi soir qu’est née la dépendance alcoolique.

 

Comme j’écoutais quand même en cours, j’obtins sans trop de problèmes la moyenne ce qui me permit de passer en 1ère mais pas dans le même établissement. Poursuivant son entêtement, ma mère me fit rentrer dans un lycée de Tourcoing en 1ère G3 Techniques commerciales de distribution. Dans ce lycée, pas de pensionnaires masculins, étant donné le nombre important de pensionnaires féminines. A l’époque nous étions au début de la mixité, il fallait éviter les dérives !!

 

De ce fait, ma mère me loua une chambre chez l’habitant. Entre le  lycée et la maison  il y avait un café avec un billard, un flipper et des pompes à bière. La patronne était charmante et gentille, elle s’appelait « Michou ». Dans le lycée il y avait un garçon dans la même situation que moi, nous fîmes amis

amis rapidement. Il aimait aussi boire de la bière et rester dans l’ambiance

conviviale du bistro

 

Après cette année scolaire à Tourcoing, les vacances se passèrent entre copains au foyer des jeunes du village, au club les samedi et dimanche après midi. Le père d’un copain nous avait prêté une remise dans laquelle nous installâmes un petit comptoir avec sono et boissons, 2 tables, chaises et canapé. C’était «  le club des rockers gaulois ». Les parents qui avaient prêté la remise nous « foutaient « une paix royale.

De ce fait nous pouvions boire de la bière sans compter, recevoir des copains d’autres villages et aussi des filles pour « flirter ».

Cet endroit servait aussi de lieu de rendez vous avant d’aller au bal, au thé

dansant ou en discothèque. Les consommations payées à prix coûtant nous permettaient d’arriver dans les lieux dansants un peu éméchés à moindre frais.

Les deux années scolaires, jusqu’au baccalauréat,  qui suivirent se firent au lycée de la ville voisine. Le soir avant de rentrer à la maison il y avait tous les jours un arrêt bistrot, les samedi soir «  cuites en boites de nuit ».

La scolarité se termina par la Terminale. Je ne souhaitais pas continuer mes études, de ce fait sachant qu’il y avait le service national à accomplir je ne me pas mis à la recherche d’un emploi durable et définitif. Je fréquentais le week-end un café qui faisait un peu « dancing ». Il y eut une place de barman vacante ce qui fit mon affaire. Je pus donc travailler dans une plaisante activité, gagner un peu d’argent et consommer sans véritable modération ( le patron aimait aussi boire un coup).

 

En juin 1973 je fis un peu plus d’un mois de service militaire à la Base aérienne d’Orange. Je n’avais pas vraiment envie de « soldater » pendant un an.

A la visite médicale, j’ai parlé de ma scoliose dorsolombaire et de mes fréquents

« mal au dos », en juillet je fus ajourné. De retour au domicile familial, je me mis à chercher du travail. Une amie de la famille travaillait au Rectorat de Lille, elle me fit embauché au Service Financier en tant qu’employé de bureau. Je n’avais pas un travail très intéressant, bien en dessous de mes capacités intellectuelles c’était un peu frustrant. Heureusement j’avais un chef de bureau très arrangeant ce qui me permettait de me reposer parfois quand la veille j’avais trop picolé. En effet, l’ennui provoqué par ce travail rébarbatif éveillait tous les jours des envies d’euphories. Le café où j’avais travaillé avant la période « armée » ouvrait en semaine le soir. C’était la réunion des clients attitrés et nous buvions quelques tournées dans une ambiance musicale et conviviale. Je disposais de la totalité de mon salaire de ce fait je pouvais boire sans vraiment compter. Je buvais tous les jours dés midi, avant, pendant et après le repas sans vraiment m’alcooliser. En fait je remettais « la distillerie «  en en route ce  qui avait comme effet de me sentir bien, comme sorti d’un cocon. J’avais du mal à exprimer mes opinions sans l’aide de l’alcool. Je pris conscience petit à

petit que l’alcool était un médicament « anti timidité ». J’avais vraiment l’impression de perdre mon temps dans ce bureau. Une collègue avait un ami intime en poste au Groupes des Assurances Nationales à Lille. Ce monsieur était Inspecteur Général. Il me fit obtenir une embauche dans le groupe en tant qu’agent général en formation. J’avais 22 ans. Je partis en stage au siège à Paris pour 3 mois, salaire, frais de déplacements et l’hôtel payés, une aubaine ! Mes habitudes de consommation ne changèrent pas. Midi et soir, alcool. C’était devenu normal et rituel. Je fis la connaissance d’un élève agent originaire de Cahors. Le soir : bistrot après les cours, resto et « dodo » à l’hôtel. Etre à Paris et ne pas profiter des sorties nocturnes, c’était impensable. Mon collègue ne tenait pas à faire des sorties tardives. N’écoutant que mes envies, j’entrepris de découvrir Paris la nuit. Après quelques sorties en cabarets, je fis la connaissance de « La Coupole » haut lieu de rencontres inter âges du 14ème arrondissement. J’avais été renseigné par un chauffeur de taxi. Il m’avait expliqué que des dames venaient là pour faire la connaissance d’hommes plus jeunes qu’elles. J’ai donc rencontré une dame qui avait deux fois mon âge et un comportement de femme enfant. J’étais attiré par la différence d’âge, l’aisance financière (elle était mariée avec un directeur général de banque), elle-même travaillait à mi-temps chez un dentiste. Son mari, Georges était d’origine alsacienne, elle bretonne.

 

Je fus pendant 2 mois son amant, son cousin breton en présence de georges. Tous les soirs de la semaine, après les cours, j’allais chez elle, nous faisions l’amour et ensuite attendions le retour de georges pour dîner sur place ou au restaurant. Il me fit connaître de grands restaurants. Partout où nous allions la bière et le vin coulaient.  Il était  bon vivant, son tour de taille en témoignait.

Je n’étais pas obligé de me restreindre et en plus c’est lui qui payait les additions.

 

 


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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 22:54

 Après ce stage théorique, je partis à St Quentin dans l’Aisne faire un stage d’un mois en agence. Hôtel, resto, bistrot, discothèque,les habitudes ne changèrent pas. La semaine je consommais sans m’enivrer totalement pour pouvoir me lever le matin, par contre le vendredi soir et le samedi il n’y avait pas de limites.

 

Après ce mois en agence, la compagnie d’assurances m’envoya à Grenoble chez un agent pour une formation « terrain ».C’est comme cela que j’ai appris le démarchage à domicile en proposant des contrats d’assurances. J’étais logé au foyer jeune travailleur, j’avais ma chambre et pouvais rentrer tard. Avant de partir j’avais acheté une ford escort d’occasion. Me sachant déjà à l’époque attiré sournoisement par l’alcool, j’avais pris la décision de réduire ma consommation, je tins, quelques jours pas plus. Je fis la connaissance de « gais lurons » comme moi, je ne me suis jamais senti dépaysé. Partout où il y avait à boire, j’étais chez moi. Cette formation terrain dura un mois. Retour à Douai, embauche dans une agence en tant qu’attaché de direction.

Le principal de mon travail consistait à aller rendre visite à la clientèle du portefeuille d’assurances pour actualiser leur contrat incendie pour les transformer en multirisques habitation. Chez tous les clients il y avait un coup à boire. Selon l’heure, c’était soit de la bière, du vin blanc, du Ricard ou du Pastis et même « café la goutte » (En général dans le nord, la goutte signifie du genièvre).

 

A côté de l’agence de Douai il y avait un café, c’était « l’annexe ». Le responsable

d’agence, l’agent général et moi-même nous y allions presque tous les jours y consommer quelques bières. C’est à cette époque que je fis connaissance de Viviane qui fut mon épouse et la mère de mon fils, Julien. En Septembre 1975, je fus embauché à l’usine Renault Douai en tant que technicien de gestion de production.

 

J’avais décidé de quitter le métier d’assureur pour 4 raisons : horaires tardifs, pas de salaires fixes, frais de fonctionnement et boissons à toute heure. La rencontre avec Viviane fut un déclencheur. J’ai essayé de changer mes habitudes de consommation, je n’ai changé que les heures. Le matin quand j’avais soif, je savais où trouver de la bière, à l’époque dans tous les bâtiments de l’usine il y avait des bars + ou - clandestins. Ma position professionnelle me permettait d’aller partout. Le midi au restaurant d’entreprise, il y avait du vin, de la bière et une tablée de bons vivants dont  je faisais partie. Certains midi, je consommais 2 bières et une demie bouteille de vin  rouge. Ces jours là la soif ne me laissait pas tranquille. En général la veille au soir, j’avais beaucoup  consommé au bistro à 50 m de mon domicile. J’avais conservé des contacts avec une employée de bureau du rectorat : Christiane. J’étais l’amour de sa vie. J’allais la voir le week-end avec ma femme et mon fils. Nous mangions et buvions à moindre frais.

 

En fait je profitais de la générosité de cette jeune dame, mon salaire et celui de mon épouse ne suffisaient pas. Nous vivions tous les mois au dessus de nos moyens, les dépenses bistro engloutissaient une partie importante de nos revenus. Les dimanche où nous n’étions pas chez Christiane, nous les passions chez mes parents : pas trop d’alcool ou chez mes beaux parents : beaucoup d’alcool. Mon beau père et ma belle mère étaient d’origine polonaise. Mon beau père  buvait beaucoup et m’entraînais à boire avec lui. Parfois après le repas du midi, une sieste s’imposait pour « cuver ». J’avais 26 ans et je buvais donc tous les jours. La rencontre d’un chef de ventes alcoolique au bistro fut le départ d’une autre vie plus imprégnée d’alcool. Le jour j’étais chez Renault, le soir en rendez vous clients pour vendre des séries de casseroles américaines qui cuisaient sans eau sans matières grasses. La vente de ces articles générait de grosses commissions.

 

Le week-end fut consacré aussi à cette activité commerciale, réunions, démonstrations, formations vendeurs, un emploi du temps très chargé. En juin 1978 je fis le mauvais choix,  j’ai quitté mon emploi chez Renault pour me consacrer totalement à la vente. De nouveau des revenus variables et toujours les mêmes dépenses. Le conflit s’installa avec le chef de ventes quand je pris la décision d’arrêter cette activité. Il n’avait plus de permis ni de voiture personnelle de ce fait il avait besoin de moi pour travailler et gagner de l’argent. Néanmoins j’ai cessé ce travail pour intégrer une autre société de ventes d’aspirateurs. Démarchage à domicile, démonstration convaincante, bon produit, moins d’occasions de boire, je refis un peu surface. Mon secteur de vente me permit de partager mon temps entre ma femme et Christiane qui était depuis longtemps ma maîtresse. Financièrement çà allait. L’alcool était toujours présent quotidiennement au bistro et à domicile. De bon vendeur, je devins chef de secteur avec une équipe de représentants, nous n’avions pas de bureau,les rencontres avaient lieu au café brasserie qui servait de lieu de rendez vous. Le midi nous mangions ensemble, quelques apéro,du vin et parfois un ou deux « pousse café »(alcool fort) accompagnaient le repas. Le soir, passage au café pour inscrire sur un tableau les résultats de la journée.

 

Parfois c’était « l’embuscade ». Quelques bons clients argentés, les tournées défilaient et souvent je rentrais ivre au domicile. Ayant mangé « liquide » je me mettais au lit rapidement prétextant une grande fatigue. Rarement je disais que j’avais trop bu. De toute façon, ma femme le voyait bien mais ne me faisais pas de reproches. Je gagnais bien ma vie, elle avait aussi un salaire et Christiane me

donnait de l’argent quand je lui demandais. Au bout de quelques mois je perdis « le feu sacré » je n’allais plus au travail avec la même motivation. Je suis reparti dans les assurances quelques mois et ensuite j’ai repris un café brasserie hôtel en Belgique sur la côte, à Coxyde. L’acquisition fut intéressante mais elle me fit encore plus sombrer dans l’alcool. 2 ans plus tard, je mettais la clef sous la porte. Mon corps était entraîné à la boisson malgré cela j’étais ivre tous les soir.

 

Retour en France, re-départ à 0.Nous partîmes ma femme et moi en haute Savoie travailler dans l’hôtellerie. Nous avions laissé notre fils chez mes parents. J’ai travaillé au buffet de la gare de St gervais. Je pouvais là aussi boire ce que je voulais. Dans cette gare il y avait beaucoup de cheminots originaires des quatre coins de la France, le buffet de gare était très convivial et il y avait toujours quelque chose à arroser en plus des consommations régulières (Apéro, vin).

 

Je fis la connaissance d’une Parisienne en vacances et ce fut la rupture avec ma femme, le départ à Paris, laissant mon employeur hébété. J’étais sous effets permanents euphoriques, j’avais une fois de plus perdu la raison. Quelque mois

plus tard je revins chez mes parents, la vie à Paris devenait trop difficile, je ne pouvais plus travailler car j’étais trop imprégné par l’alcool et ma belle parisienne avait pris «  la poudre d’escampette ».

 

Nous étions en 1981 et ce fut à ce moment que je fis ma 1ère cure ambulatoire. Je suis resté abstinent 2 mois ce qui reposa mon corps, mon cerveau et mes nerfs. Me sentant mieux, j’ai décidé de reprendre de l’alcool mais d’une façon modérée. En effet je ne m’enivrais plus mais petit à petit ma consommation d’alcool fut de plus en plus importante. Je cherchais du travail, logé, nourri chez mes parents je ne m’affolais pas. En fait quelques mois plus tard j’intégrais un stage de formation de technicien pour repartir en usine. De nouveau un salaire, des déplacements , des occasions de boire et ce fut reparti. Le soir après les cours bistro.

 

Le stage ne me permit pas de retrouver un travail, je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour en trouver. Quelques mois dans un café resto comme serveur occupèrent mon temps et ma dépendance. Les 2 ans qui suivis je fus inspecteur technico-commercial dans la prestation de personnel intérimaire, encore un métier avec de multiples occasions de boire. Apéro, resto, boite de nuit. J’avais un collègue, comme moi divorcé et noceur. Je n’ai pas pu garder cette place car mon collègue et moi-même avons été priés de donner notre démission. Les dépenses dépassaient les revenus, de ce fait on s’est servi à la source. C’était facile car il y avait toujours beaucoup d’argent en espèces dans le coffre fort pour les paiements des acomptes sur salaires des intérimaires. C’est à cette époque que je partis m’installer avec Christiane qui m’avait toujours soutenu, voire encouragé. Elle possédait un appartement, elle avait un travail et des parents qui lui payaient tous ses frais de vie. Pendant plusieurs mois je pus me reposer « aux frais de la princesse ».Je buvais beaucoup car je réalisais que j’accumulais les échecs. En l’espace de 2 ans, j’eus plusieurs contrôles d’alcoolémie. Le 1er contrôle positif fut suivi d’une suspension de permis de conduire de 6 mois, le 2ème 18 mois, le 3ème l’annulation du permis avec l’interdiction de le repasser pendant une période de 5 ans.   Théoriquement je devais rembourser l’argent détourné à la société d’intérim, je me suis arrangé pour travailler et avoir des revenus non déclarés.

 

La vente en porte à porte d’articles tels que cartes postales, tableaux, coloriages me permit de générer des revenus. J’achetais en gros.

En proposant mes produits en porte à porte, je fis la connaissance d’Eugène qui avait créé une association pour aider les jeunes artistes peintres n’ayant pas les

moyens d’aller à l’école des Beaux Arts. Les jeunes peignaient et à partir de photos prises des tableaux avec la collaboration d’un imprimeur, on obtenait de la carte postale en grande quantité. Ces cartes étaient vendues sur les braderies de l’agglomération Lilloise, ce qui ne générait pas beaucoup de chiffre d’affaires.

Avec un copain, vendeur comme moi, nous eûmes l’idée de créer des pochettes de cartes et enveloppes et de les vendre en porte à porte. Ca se vendait bien.

 

Nous avons recruté des vendeurs et multiplié les ventes. Nous ne vendions plus personnellement mais animions les équipes sur « le terrain »(transports en mini bus, motivations, training et encaissements quotidiens). Nous avons réussi à garder un noyau dur d’une trentaine de vendeurs ce qui laissait, marchandises payées, commissions vendeurs payées environ 1000f par jour de l’époque (1986). Les horaires étaient élastiques mais je tenais le coup. Je buvais toujours mais surtout le soir. La fatigue, la baisse des ventes, le piratage des équipes par des concurrents affamés, l’alcool eurent raison de cette activité commerciale. De nouveau je fus au repos imposé. J’avais fait posé un implant d’ »Espéral « à la clinique ce qui me permit de rester abstinent pendant 14 mois.

 

Cette abstinence, j’avais du mal à l’accepter mais j’avais peur des effets secondaires de l’alcool pris avec ce médicament. Je buvais de la bière sans alcool, de l’apéritif anisé sans alcool «  Pacific », mais j’avais la nostalgie des boissons alcoolisées. Quand j’ai su que l’ « espéral était dissous depuis longtemps, je connus un moment de bonheur. J’ai commencé par une bière qui  avait mauvais goût, la 2ème fut meilleure. Par la suite, je repris une consommation modérée mais quotidienne. Je ne m’enivrais plus, en fait je n’avais pas à ce moment-là de raisons négatives qui auraient eu pour conséquences une alcoolisation rapide et démesurée qui entraînait de tristes  ivresses. Lassé de la présence de Christiane, je repartis chez mes parents avec la ferme intention de redevenir abstinent et salarié d’une entreprise. Un stage de remise à niveau déboucha sur un travail dans l’alimentaire et l’hôtellerie. Je fis la connaissance d’un patron lui aussi bon vivant.

 

Comme il avait l’intention d’étendre ses activités, il vit en moi un adjoint destiné. Nous avons ouvert une boulangerie, snack de restauration rapide en plus de celle qu’il avait déjà. Je ne buvais que peu le midi et le soir, ce qui me permettait de travailler normalement. Petit à petit, je repris une consommation plus importante, ce qui eut pour effet de la fatigue, du manque de patience et des crises de colère. Je fus licencié. En 1993 je fis ma 1ère cure en clinique à Auberchicourt dans le nord à 10 km environ de Douai. Cet établissement s’appelait « Les Bruyères ». Convaincu d’être guéri au bout de 12 jours, j’avais une « pêche d’enfer », je décidais d’écourter cette cure. Le directeur de la clinique tenta de me raisonner mais n’écoutant que ma volonté déchaînée, je partis en signant une décharge de responsabilités.

De retour chez mes parents, ceux-ci me prièrent de quitter le domicile familial et d’aller me débrouiller ailleurs étant donné que je n’étais pas capable de tenir ma parole et surtout de me soigner. Pendant la cure, nous avons eu la visite des Alcooliques Anonymes du groupe de Douai. Je suis allé à 2 réunions mais je n’ai rien compris à leur vocabulaire qui pour moi à l’époque était du « charabia » d’une bande « d ‘illuminés ».

 

Entre temps, Christiane était retournée vivre avec sa mère et n’avais plus de logement personnel. Je me suis donc retrouver « sdf ». J’ai trouvé un petit hôtel, je parvenais à payer les nuitées avec l’argent gagné des ventes que je réalisais toujours en porte à porte. Je n’avais pas repris la boisson et pendant quelques mois je vécus comme cela.

 

Le démon fit sa réapparition par la fréquentation de buveurs attitrés. Je n’avais plus d’hôtel à payer car j’étais hébergé chez « des amis », en revanche je vendais pour alimenter les dépendances alcooliques. Quelques mois, puis lassé de cette vie, je fis mon sac et partis à Paris. Christiane toujours à l’écoute de mes besoins, m’avait  acheté une voiture d’occasion. C’est avec ce véhicule que je partis pour changer de vie. Bien imprégné par l’alcool, je déambulais dans les quartiers chauds de la capitale à la recherche de petits boulots pour alimenter mes besoins impérieux d’alcool. Le véhicule était grand, je pouvais dormir dedans. J’en suis venu à « faire la manche » et un soir plus saoul que d’habitude j’ai garé la voiture dans le quartier  « des halles » et ne l’ai jamais retrouvé. Plus de voiture, plus d’habits de rechange, je me suis donc retrouvé « clochard ». Je « squattais «  avec d’autres malheureux Bd de Clichy, à côté du Moulin Rouge. Nous avions aménagé une terrasse en hauteur couverte, en dortoir. Matelas, couvertures, duvets récupérés à droite, à gauche, malgré cela les nuits étaient froides car nous buvions plus que nous ne mangions. L’alcool nous réchauffait artificiellement, vers 5 heures du matin, il fallait se lever car le froid nous envahissait. Une petite blessure à la main faillit « tourner » en septicémie. Je me suis retrouver 8 jours à l’hôpital Lariboisière où j’ai été très bien soigné et même choyé étant donné « ma galère ».

 

Cette hospitalisation me permit de « refaire les niveaux » et d’entreprendre des démarches sociales. Je fis la connaissance du Secours Catholique, je pensais obtenir de l’argent en espèces, j’eus des tickets de métro et des bons d’achat de nourriture. Je cherchais. Dans mon malheur, j’eus de la chance.  J’ai rencontré au bout de quelques mois un « clochard de luxe ». Pierre «  faisait la manche » dans le métro dormait à l’hôtel et mangeait au restaurant.

 

De plus il pouvait se payer des cigarettes et boire quelques bières dans la journée. J’ai donc décidé de le suivre et d’apprendre sa méthode. La première fois que je pris la parole en public dans le wagon du métro, j’eus une émotion très forte. J’avais beaucoup de mal à parler haut et la peur m’envahissait. Pourtant je m’y étais préparé. J’avais appris par cœur ce que j’avais à dire. Dès les premiers trains, je fis de la recette ce qui m’encouragea énormément. Dès que j’eus suffisamment, je remontai boire un coup pour arroser cette réussite et me donner du « peps » pour continuer.

 

Les jours suivants, avant de démarrer, je buvais 2 ou 3 verres de bière pour chasser le trac. J’avais rencontré Pierre un matin à l’Armée du salut, il venait parfois pour y prendre un petit déjeuner. Reprendre une alimentation régulière et dormir à l’hôtel me redonna de la santé. Pierre était d’une compagnie agréable et nous partagions les frais. Je buvais toujours autant mais sans vraiment être saoul. La marche dans le métro d’une rame à l’autre, dans les rames me faisaient éliminer l’alcool. Pierre rencontra une jeune fille également sdf et ils s’installèrent ensemble. J’ai donc continué seul cette activité mais je devais faire plus d’heures. Certains jours j’ai gagné jusqu’à 800frs(1994), la moitié partait en boissons, l’autre moitié c’était pour l’hôtel, le resto et les cigarettes.

 

Certains jours j’étais bien dans ma tête, d’autres plein de ressentiments. Quand je faisais de l’apitoiement je n’avais pas envie « d’avancer ». Je faisais « la manche » pour acheter de la bière, un peu de nourriture et des cigarettes.

Ces jours là je ne payais pas ma chambre, promettant de régler le lendemain. En général je passais 2 nuits sans payer et ensuite « je prenais le large »( hôtel baskets). 

Je rentrais dans une période d’alcoolisation féroce, buvant une bonne partie de la journée. En général, le soir je dormais au Samu social ou dans le métro jusqu’à fermeture de la station et le reste de la nuit dans un quartier animé. J’attendais l’ouverture de la station pour pouvoir dormir dans la rame. J’avais une ligne préférée, la 8 Balard Créteil car il y avait des banquettes de 3 places sur lesquelles je pouvais m’allonger.

Ces périodes d’alcoolisation profonde duraient entre 8 et 15 jours pendant lesquelles je faisais des rencontres bizarres, d’autres clochards certains très atteints physiquement et d’autres cérébralement et parfois les deux. J’ai pu aller au service social de l’association «  La Mie de Pain » rencontrer une assistante sociale bénévole pour faire une demande de RMI (revenu minimum d’insertion). Mme Vignes sut être dans l’empathie et je pus « partager » avec elle « ma galère ».

 

J’obtins le rmi. Mon style d’alcoolisation changea quelque peu. Le jour de la « paye », je prenais de bonnes résolutions. Payer 4 nuits d’hôtel, ce que je faisais, constituer une réserve d’argent  pour retrouver un habitat régulier, ce que je ne parvenais pas à faire, remanger correctement, oui, boire modérément voire plus du tout, non. Je faisais quelques petits achats : slips, chaussettes et produits de toilette .

Ensuite j’allais au café prendre un petit déjeuner et j’essayais de résister à l’envie de boire une bière. Vers 11H du matin je ne pouvais plus tenir. Je me faisais le serment de n’en boire que une ou deux, impossible. Pendant quelques jours je ne faisais pas « la manche », je prenais du repos.

Quand mon revenu était épuisé, je retournais « dans le tube ». J’avais du mal à redémarrer. Je fis la rencontre de Gilbert, alcoolique marginal. Il vivait avec une antillaise employée de bureau. Il percevait le rmi et vendait des journaux de rue. Il me proposa de m’héberger afin d’avoir un compagnon de boisons et quelqu’un à qui parler mis à part sa compagne. J’acceptais sans réfléchir. Je dormais sur le canapé de salon ou plutôt je devrais dire « cuver ». L’appartement était dans un triste état. Les plafonds s’écroulaient, L’humidité était partout, les souris venaient nous rendre visite la nuit. Nous leur faisions la chasse avec des pièges mais il y en avait toujours autant. Nous partions le matin après avoir bu quelques verres de vin blanc ou de bière « faire des sous ». J’avais appris à Gilbert « à faire la manche » comme moi dans les rames.

Vers midi, nous avions suffisamment d’argent pour faire les courses. Il y avait un magasin « ED » pas loin de chez lui. Quelques bouteilles, de la nourriture, des

cigarettes et nous étions « les rois du pétrole ». Nous rentrions à l’appartement boire, manger et cuver. Cette situation dura quelques mois jusqu’à ce que j’eus assez de ce mode de vie. Je repris mon indépendance, changea de ligne de métro et de quartier.

Jusqu’en novembre 1995, je vécus de la mendicité, entre temps j’ai rencontré une

« clocharde » Claudine avec qui j’ai fait un bout de chemin (quelques mois). Elle était alcoolique, névrosée et suicidaire. Tous les mois elle faisait une tentative de suicide.

Je n’ai pas pu l’aider. J’ai laissé à la médecine le soin de s’en occuper.

Avec elle j’ai appris à boire de l’alcool à 90° mélangé dans de la limonade (une petite bouteille d’alcool dans un litre de limonade). Je n’avais jamais pensé à faire ce mélange. Le goût était agréable, la dépendance s’enclenchait rapidement. Une bouteille de limonade bien apparente quand on fait « la manche » dans le métro donne envie aux usagers d’aider « le mancheur ». Environ 3 heures pour avaler ce cocktail, ivresse assurée. Claudine, quand elle avait bu son litre se mettait à pleurer comme « une madeleine ». Elle gémissait ses propos ce qui avait comme effets de « ramasser plus d’argent ». Parfois nous rentrions à l’hôtel ensemble, parfois je la perdais en route, mais nous nous retrouvions toujours dans la chambre.

En novembre 1995, il y a eu la grande grève qui immobilisa le métro pendant quelques semaines. Je n’avais plus mon outil de travail et en plus, dehors il faisait froid. Je fis la manche à la porte d’une boulangerie dans le 19ème arrondissement mais les recettes étaient basses et l’envie de boire toujours présente.

 

 

 

 

Plusieurs nuits je pus aller dormir en hébergement d’urgence au Samu Social. Il fallait appeler un n°de tél gratuit à partir d’une cabine et attendre d’être en relation avec un employé du Samu Social. C’est de cette façon que je fis la connaissance d’Yves qui plusieurs soirs me parla de son vécu qui avait des ressemblances avec le mien. Avec lui, j’étais en confiance. Nous nous sommes rencontrés dans une réunion des Alcooliques Anonymes un mardi soir au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale «  La Poterne des Peupliers » dans le 13ème

Arrondissement.

Je pus m’exprimer au début de cette réunion ce qui me fit un bien énorme. Tous les visages des amis en réunion étaient souriants, compréhensifs, en empathie. Avant d’aller à cette 1ère réunion, j’avais passé 12 jours affreux. Je ne pouvais plus m’alimenter, seule la bière trouvait son passage. Le matin avant de pouvoir commencer « ma manche » je passais près d’une demie heure à vomir avec des nausées extrêmes.

Parfois j’avais l’impression que j’allais « gerber » mon foie. Je buvais de l’eau au robinet de la station de métro et la vomissais tout de suite.

Il fallait que je fasse un peu d’argent pour aller à l’épicerie acheter 2 kronenbourg

« col blanc », 2 fois 50 cl. J’avais du mal à marcher, mes muscles ne répondaient pas bien. Avant de descendre les escaliers, j’étais envahi d’une panique car j’avais l’impression que j’allais tomber et rouler sur les marches. La paranoïa m’habitait, je me sentais suivi, agressé et regardé méchamment. Dès que je pouvais commencé à boire, les premières gorgées remontaient mais peu à peu j’arrivais à digérer « mon médicament ».

Doucement je buvais mes 2 bouteilles et ensuite je pouvais redescendre « dans la rame » continuer à faire de l’argent. Toute la journée j’étais envahi de ressentiments, je faisais des hypoglycémies ce qui avait comme effet de me balayer. Je demandais que l’on appelle les pompiers pour m’emmener aux urgences d’un hôpital. En quelques jours je fis la connaissance des principaux hôpitaux de Paris et de la banlieue nord. Je restais aux urgences, perfusé. On me laissait dormir quelques heures et parfois on me donnait un repas. Quelques bouchées et ensuite je partais pour trouver à boire.

Dans un hôpital, j’ai demandé à l’interne de m’hospitaliser pour me sevrer et entamer une cure dont j avais vraiment besoin. Comme réponse, j’eus un refus car il n’y avait pas de lits, ni de service d’alcoologie. Yves me fit avoir un hébergement de 15 jours à « La péniche du cœur » située Quai de la gare. Nourri le soir, un lit en cabine, je pus entamer une cure ambulatoire. J’avais pu rencontrer un médecin en consultation gratuite, celui-ci me prescris atrium, vitamines et magnésium.

 

J’avais « rendu les armes » avec l’alcool, je voulais vraiment me sortir de cette prison et VIVRE. J’ai senti plusieurs fois ma dernière heure arriver, drôle d’impression. La conjoncture de ce moment là fut propice à un changement radical. Motivations, nourriture, réunions quotidiennes et médocs faisaient que je retrouvais le moral peu à peu. Avec Médecins du monde, je pus me réinscrire à la Sécu, bénéficier de soins gratuits et remanger régulièrement.

Je continuais à faire la manche mais plus de la même façon. Je disais ouvertement que j’étais abstinent et que je me battais pour le rester. Cela avait comme conséquence une plus grande rentrée d’argent, et avec 4 heures de « travail », c’était suffisant. Ma première grande période d’abstinence commença le 24 janvier 1996. La 1ère année, je l’ai passé hébergé pendant 3 mois, en sous location ensuite.

 

Jusqu’en 2000, j’ai logé dans le 12ème, dans un appartement HLM F2 quai de la Rapée. Quelques meubles et appareils électroménagers récupérés à droite à gauche, çà « faisait  l’affaire ». J’assistais régulièrement aux réunions Alcooliques Anonymes.

 

Petit à petit je retrouvais mon cerveau, je recommençais à mémoriser, écrire régulièrement, m’informer, participer aux activités « service » du mouvement des AA. Témoignages en information publique, responsabilités au sein d’un groupe, bénévolat  à l’association « la mie de pain » permirent ma resocialisation. Je pus retrouver du travail en tant qu’animateur d’insertion dans une petite structure d’hébergement longue durée à Nogent sur Marne pour un public de jeunes adultes. Cette expérience me fit avancer énormément car mon passé douloureux servait à aider les autres. De cette façon, j’ai pu commencer à relativiser les difficultés de la vie. Un salaire fixe par mois, je pus acheter un canapé, un micro ondes et faire quelques petits achats. Une autre addiction s’installa : les petits achats en solderie : les magasins « tout à 10 frs ».

 

Je me rendais compte que je n’avais pas vraiment besoin de ces articles mais la pulsion d’achat était incontrôlable. Cela cessa avec l’arrivée de mon fils que je n’avais pas vu depuis plusieurs années. Il vint à Paris vivre avec moi et travailler dans la restauration comme cuisinier. Il était dépendant comme moi mais plutôt consommateur de haschisch. J’ai entrepris de l’aider à stopper cette consommation sans heurts ni jugements. Je savais bien qu’interdire n’était pas le moyen de délivrer Julien de cette dépendance.

Les pulsions d’achats étaient parties mais une autre addiction s’installa. Je commençais à m’inquiéter de mes performances sexuelles. Depuis longtemps, je n’avais plus d’érection et je me demandais en me morfondant si un jour je serais de nouveau capable d’avoir des relations sexuelles normales. Quand on abordait ce sujet avec les amis AA on me rassurait en me disant que çà allait revenir et qu’il fallait y croire. Je voulais m’en rendre compte seul, je me mis à consommer des prostituées, 2 à 3 par semaine. Après chaque essai de rapport je me dégoûtais et entrais dans une culpabilisation. En parler avec les amis AA fit que je pus être délivré de ce comportement.

Dans le même temps je revis Benny que j’avais croisé lors dans un centre d’accueil d’urgence. J’ai trouvé ensuite un appartement dans le Val de Marne à Villeneuve st Georges. Nous avions Benny et moi l’intention de remonter « sur les planches » c'est-à-dire retrouver une position sociale aisée à partir de la création d’une entreprise. Un projet ambitieux a vu le jour. Mais l’appareil fabriqué resta au stade prototype. Il s’agissait d’un aspirateur, broyeur et réducteur de déchets utilisable en premier lieu dans la rue, en automne lors de la chute des feuilles d’arbres. L’extension de lieu de nettoyage pouvait se faire dans les rues de ville souvent envahies par des déchets divers. Avant d’entreprendre la recherche de capitaux, il fallut protéger le brevet d’invention et monter un dossier « béton » pour   la Direction départementale du travail et de l’emploi. Comme je n’avais plus le travail d’animateur et que Benny percevait également le rmi, j’ai pris un registre de commerce pour vendre sur les marchés. Articles de décoration, tableaux, posters, bijoux fantaisie généraient un peu de chiffre d’affaires. Ce n’était pas mirobolant mais c’était mieux que de retourner « faire la manche ».Le projet de création n’avançait pas, Benny de son côté essaya d’avoir de l’aide d’amis indiens ( Benny était originaire de New Dehli et était en France depuis 1981).

 

La rencontre avec Daniel, chômeur mais expert en articles de collection ( philatélie, numismatique, cartophilie) modifia  ma progression. Nous nous sommes rencontrés à un salon « antiquités, brocantes, collections au stade Charletty dans le 13ème). Daniel cherchait une place pour exposer ses vieux billets de banque et ses pièces de monnaie anciennes. Il avait une belle collection et avait décidé d’en vendre un peu étant donné la précarité de ses revenus. A l’heure où il arriva il n’y avait plus d’emplacements de libre. Il me demanda si on pouvait partager ma place moyennant le paiement de la moitié de la taxe. Je fus d’accord car mes tableaux modernes se vendaient mal. Ce fut le début d’une collaboration, sur les marchés nous déballions de la collection ce qui

fut bel effet sur les marchés.

Ensuite j’ai commencé à récupérer de la brocante que je prenais en dépôt vente. Je faisais toujours les mêmes marchés et certaines expo à Paris et en île de France. L’ambition et l’enthousiasme, un collaborateur, Raoul, issu lui aussi de « la rue », nous poussa à reprendre un pas de porte à Montrouge. C’était un ancien pressing, avec quelques travaux ce fut un magasin « antiquités, brocantes, collections, bijoux fantaisie et bandes dessinées. J’avais un réseau de fournisseurs, le magasin était rempli, la clientèle commençait à se faire. Daniel avait négocié la location du pas de porte, il était le seul à pouvoir le faire car sa banque l’aidait et qu’il était encore propriétaire de son appartement. Moi je voulais aller vite en affaires car j’avais toujours mes projets de grosse entreprise en tête.

 

Au bout de quelques mois Daniel craqua, devint dépressif et eut peur de la faillite, des contrôles et de se faire « arnaquer par Raoul et moi ». Son frère et sa sœur jaloux de sa réussite naissante lui avait tourné la tête en installant de mauvaises augures. Un matin nous avons trouvé le magasin fermé à l’heure d’ouverture et pas de daniel. Joint sur son portable, il nous fit part de son intention de cesser le commerce et notre collaboration. Aucun accord officiel d’association n’étant signé nous ne pûmes récupérer la totalité de notre marchandise.

 

J’ai continué quelques mois avec Raoul à faire les marchés puis, endetté de plusieurs mois de loyer je décidai de revenir dans le nord. Christiane vivait seule à Lille dans la maison de ses parents décédés, il y avait de la place pour Raoul et moi. J’ai distribué les meubles de l’appartement et rendu les clés à l’agence. J’étais très énervé et colérique. Entre temps je suis tombé amoureux d’une voisine alcoolique active (Sophie). Je ne buvais pas d’alcool et essayais de lui apprendre les bienfaits de l’abstinence.

Notre histoire a commencé un soir que je la vis cherchant ses clefs devant l’immeuble. Elle était ivre et aguichante. Le démon de la sexualité possessive l’avait mis sur ma route, j’eus beaucoup de mal à la quitter. Elle partit en cure, je lui avais trouvé un centre et avais entrepris des démarches pour la faire admettre. Ensuite elle demanda au personnel du centre de ne pas me permettre de la visiter et elle s’arrangeait pour ne pas répondre à mes coups de téléphone. Revenue chez elle, elle reprit sa vie conjugale avec son compagnon alcoolique lui aussi. J’étais dans un état de colère extrême et tout me « gonflait ». Tous mes projets s’écroulaient, j’avais la nette impression que je reculais.

 

En revenant à Lille, j’échappais avec Raoul au statut d’sdf mais ce n’était pas marrant de retourner vivre avec Christiane étant donné son comportement de femme-enfant, de codépendante et le décalage de vie entre mon vécu et le sien.

 

Nous étions en juin 2003, je n’exerçais plus sur les marchés, j’avais mis fin à mon registre de commerce et repris le régime d’allocataire du rmi. Avec Raoul, nous ne cherchions pas de travail, j’étais dans un état semi dépressif. Un après midi je fus tenté par un verre de porto en me disant qu’un verre ne me ferait pas de mal. Je n’allais plus en réunion AA depuis 1999, j’avais oublié les principes de base (ne pas reprendre le premier verre). Un verre puis 2 et je remis « la chaufferie en route ». Passage à l’épicerie, une bouteille de porto et une de bordeaux, de la bière pour Raoul et Christiane et les 7 ans d’abstinence étaient balayés.

 

J’ai rebu jusqu’en novembre 2005 le 11 précisément. En un peu plus de 2 ans, j’ai pas mal bu avec des périodes d’alcoolisation massive et d’autres modérées. J’ai recommencé à vendre en porte à porte surtout pour acheter de l’alcool et des cigarettes. J’ai distribué des journaux gratuits, vendu le quotidien « la voix du nord » toujours pour alimenter ma dépendance. Le portage à domicile du journal « la voix du nord » demandait de se lever très tôt : 3H30. Vers 4H30 la tournée commençait, à 5H je buvais ma première bière. Plusieurs suivaient ensuite. A midi après repas, j’allais dormir et cuver jusqu’à 17 ou 18 H, le soir je rebuvais doucement mais sûrement.

 

 

 

Raoul trouva un logement en HLM, je me retrouvais seul la plupart du temps avec Christiane et quotidiennement nous nous disputions. Plusieurs mois dans cette ambiance eurent pour effet de me

rendre irascible. Je devenais dangereux d’abord verbalement, un soir j’en suis venu aux mains ne pouvant plus supporter ses cris, remarques et insultes diverses.

 

 

 

J’envisageais nettement de ne plus boire. Je repris contact avec les Alcooliques

Anonymes du Nord Pas de Calais et décidai de retourner en réunion. Un lundi soir, je suis allé à 18 H en « réu » à  Mons en Baroeul (commune de la banlieue lilloise), j’étais éméché, je fus admis. Le jeudi qui suivit j’allais voir mon médecin pour refaire une cure ambulatoire. J’ai souffert pendant 5 jours du manque, j’avais des nausées, des angoisses( « le crabe me rongeait »), des maux de tête, la diarrhée, j’avais faim mais je ne pouvais pas manger. La position allongée était la plus adaptée aux malaises.

 

 

 

De transpirations en vomissements, au bout de 5 jours, j’étais sur pieds. Ce n’était

pas la forme olympique mais je me sentais libéré. N’ayant pas d’autre solution de

logement il a fallu supporter le caractère de ma co-locataire. L’amitié des membres des réu AA m’aida à passer certains caps difficiles en matière de communication. J’ai pris rapidement des responsabilités administratives au sein de l’association des AA.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai retrouvé rapidement une estime de moi. J’ai pu retravailler presque normalement, un emploi de chauffeur livreur en messageries, commençant tôt le matin 5 H, se terminant vers 11H 30. Ce temps partiel me convenait.  J’allais régulièrement en réu  le lundi soir. J’avais remarqué Valérie, souriante et timide. Je savais qu’il y avait quelque chose qui passait entre elle et moi. Je la raccompagnais chez elle après la réu, nous parlions un peu pendant le trajet. Elle était mariée, mère de 4 enfants. Elle me plaisait mais je ne voulais pas la courtiser la sachant mariée. Cupidon veillait et un soir de décembre 2006 il envoya sa flèche . Nous correspondions sur msn, c’est elle qui s’est lancée. J’étais sa bouffée d’oxygène du lundi soir. A partir de ce jour, nous avons vécu  notre nouvelle relation  24 heures à la fois sans se projeter.     

 

 

Il n’y avait plus rien dans son couple depuis bien longtemps. De décembre 2006 à ce jour, il y eut le divorce avec le père de ses enfants qui s’est relativement bien passé, des petits conflits avec les enfants (avec lesquels aujourd’hui j’ai de bonnes relations) deux déménagements. Je suis toujours avec elle, nous vivons en couple dans  un appartement HLM mais dans l’amour et l’acceptation de l’autre avec ses qualités et ses déficiences. J’ai arrêté mon emploi de chauffeur pour me consacrer à ma future profession. Valérie travaille dans une compagnie d’assurances,  je suis pour l’instant l’homme à la maison. « Nous ne roulons pas sur l’or » mais sans les dépenses alcool et cigarettes, c’est vivable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DISCUSSION  :  Causes et Analyse

 

 

 

**  Commentaires sur la petite enfance. 

 

Relation avec la mère : Depuis que je fréquente le mouvement des alcooliques anonymes, j’ai entendu maintes et maintes fois dans les « partages des amis » que le manque de présence et d’amour maternel serait à la base de la dépendance étayée par la fragilité émotionnelle. J’ai lu aussi beaucoup de témoignages dans des revues traitant de « psychologie ». Il est donc possible que ma dépendance ait pris source dans la petite enfance (çà n’engage que moi). Si scientifiquement il est impossible de le prouver donc de considérer que ce n’est pas vrai, pour moi c’est vrai, çà me parle et çà me donne une réponse à cette question «  pourquoi suis-je dépendant ? ». Je me sens donc sécurisé et je ne suis plus dans un vide qui creuse ma souffrance.

 

 

 

** Relation avec l’instituteur sauvage : le comportement de ce malade s’est inscrit à vie dans ma mémoire. Les années ont balayé certains faits mais pas l’empreinte. Le ressentiment est resté bien actif dans mes pensées, surtout en période d’alcoolisation prolongée. L’impression d’être le plus malheureux de la terre était bien accrochée. Mon affectif a été très perturbé pendant cette année scolaire.

 

 

 

** Relation avec ma marraine : Ce fut douloureux car je ne m’attendais pas à ce que ma marraine embrasse quelqu’un d’autre. Le fait de surprendre la situation augmenta la stupéfaction et ensuite la douleur.

 

 

 

Aujourd’hui, après quelques années d’abstinence et de réflexions sans produit modifiant le comportement, je me rends compte que mon passé « enfance » est en partie responsable de mon alcoolo dépendance. La recherche du bonheur absolu m’a mené à la consommation d’alcool. Je n’aimais pas ce qui m’entourait famille, école et tout ce qui représentait une obligation, l’autorité me faisait peur.  Elle provoquait des réactions d’autodéfense, ces réactions m’ont accompagnées pendant ma période d’alcoolisation.

 

 

Je me rends compte que je n’ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance, mis à part les faits que j’ai précédemment narré. Je pense que j’ai survolé ma vie dans l’enfance et  dans le début de l’adolescence. Etre mal partout et bien nulle part explique à mon avis pourquoi que «  je marchais à côté de mes chaussures » (réf : être à côté de ses pompes).

 

 

La mémoire se manifeste et me renvoie des images de situations agréables : le bistrot, les bières, la convivialité entre clients, l’affection artificielle de la patronne de bistrot. Peut être qu’après tout, la patronne était malgré tout gentille naturellement et pas seulement  « menottée à son tiroir caisse ». 

 

 

J’ai souvenance de l’effet produit par l’alcool. Ce fut une sensation de bien être, de

libération, une grosse bouffée d’air. Le goût agréable de l’alcool fut aussi responsable de cet état second. Je me suis senti quelqu’un d’autre. J’étais délivré d’un moi timide, timoré et incapable de supporter le regard des autres. J’ai fait « un mariage d’amour » avec l’alcool. Tous les jours j’avais besoin de retrouver cet état sensationnel. Je n’ai jamais pensé que cette relation « amicale » avec l’alcool se serait transformée en combat dans un premier temps ( quand je repoussais la prise du premier verre de la journée) puis en esclavagisme «  l’alcool  est devenu propriétaire de ma volonté ».

 

 

L’obsession de boire a tout dépassé. C’est elle qui a prédominé dans mes vies  conjugale, professionnelle, amicale, familiale et sociale. La dépendance alcoolique qualifiée de vicieuse par « les néophytes » a effectivement l’aspect du vice de part son aspect sournois. Je m’explique : en tant qu’alcoolique actif j’ai toujours pu trouver de l’alcool avec ou sans argent. J’ai travaillé dans des endroits où il y avait de l’alcool, j’ai pris de l’argent dans le porte monnaie de mes parents, j’ai détourné des fonds,  j’ai laissé des « ardoises » dans de nombreux cafés brasseries, j’ai abusé de la générosité des gens faisant « la manche » en grande partie pour boire tout cela revêt un caractère vicieux mais c’est sournoisement que la dépendance m’a fait agir de la sorte. Naturellement je ne suis pas voleur, je suis plutôt généreux et soucieux des besoins de mes proches. Tant que j’avais des responsabilités professionnelles, j’essayais de consommer modérément, je pense que malgré l’envie de boire qui me torturait parfois, j’essayais de rester digne et d’assumer. Puis un jour est venu où libéré des obligations professionnelles, je ne me suis plus battu contre mon alcoolo dépendance.

 

 

Je suis passé d’une consommation à des heures précises à une autre « toute heure ». Toute cette partie de ma vie avec comme « Maître » l’alcool, j’ai parfois l’impression de ne pas l’avoir vraiment vécu, surtout les périodes pendant lesquelles je ne travaillais pas. Je pouvais passer des moments d’euphorie aux moments d’ivresse vers d’autres moins glorieux : les cuites et les nausées.

 

Tout s’est passé progressivement sans que je puisse m’apercevoir que j’avançais vers une marginalité. Je me souviens que mon père avait prédit qu’un jour je serais « au banc de la société » et que je serais « clochard ». Je me souviens lui avoir répondu « jamais, pas moi ».

 

Etant fermé à toute forme d’éducation, uniquement dans l’obligation d’apprendre ce

que les adultes voulaient que je sache, je n’ai pas pu apprécier et faire miennes les qualités nécessaires à la construction d’un homme équilibré.

Uniquement par besoin d’être aimé, je n’ai pas pu être impartial dans des situations qui interpellaient mon affectif, je pouvais facilement dire oui alors que je pensais non et cela pour faire plaisir.

Je ne donnais pas mon avis ou même n’en avais pas préférant faire croire que je pensais la même chose que l’autre ou les autres, ceci afin d’éviter tout conflit et la perte de « mes amis ».

 

Aujourd’hui je mène cette analyse avec précaution car « se voir dans la glace » sans produit modifiant la perception et le comportement correspond à un inventaire difficile dans le ressenti.  Il est minutieux il relate ce que j’étais hier et ce que je suis devenu. Après de nombreux mois d’abstinence et de travail thérapeutique, j’ose voir les choses en face, je ne cache plus mes déficiences derrière l’orgueil. Je ne m’apitoie plus sur mon sort. Cette transformation est facilitée par le fait que je n’ai plus cet accélérateur d’émotions qu’est l’alcool.

 

L’isolement dans lequel j’étais même au milieu des autres était pesant, il m’empêchait de m’exprimer, d’aller vers les autres. Electrisé, la peur au ventre j’ai affronté des situations qui me paniquaient : entretiens de recrutement, réprimandes d’employeurs, nouveautés, décisions importantes. La culpabilité et la culpabilisation se mêlaient me poussant à consommer de l’alcool pour « arrêter l’hémorragie ». Dans des situations plus agréables : fêtes, sorties en boites de nuits, rencontres féminines, il fallait absolument que je prenne 2 ou 3 verres avant. Boire quand j’allais mal, boire quand j’allais très bien, avec le temps j’ai bu presque toujours de l’alcool : régulièrement, massivement dans des périodes de détresse ou d’euphorie. L’alcool apaisait mes angoisses ou décuplait les sensations de bien être : j’étais dépendant de ce produit.

 

Avec « la boisson, pas de problèmes de communication. Je dirais même que j’avais « le chic » pour attirer d’autres alcooliques. Le chef de ventes des casseroles américaines, les patrons de bistrots et le dernier en date fut Daniel, l’associé du magasin. Il existe une véritable attirance entre un alcoolique et un autre. Si la relation se fait dans l’abstinence et le travail spirituel de nettoyage des déficiences, çà fonctionne et les risques de mésentente sont mineurs. Par contre quand la relation est erronée dès le départ car il y a manipulation (je te donne = tu me donnes), il y a  un moment où la mésentente s’installe. La capacité de raisonner étant amoindri par la consommation d’alcool, il n’y a pas d’issue heureuse à ce genre de conflits.

L’interprétation des mots a aussi une grande influence sur la décision d’un alcoolique. 

L’interprétation d’un mot prend racine dans le vécu, aussi si celui-ci est heureux

entendre ce mot ne déclenchera pas de colère ou de frustrations, par contre s’il réveille un souvenir malheureux ou douloureux, c’est la porte ouverte aux débordements.

 

La spirale de la dépendance m’emmenait dans des crises de colère pendant lesquelles seul l’alcool parvenait à apaiser mes nerfs, ceux-ci étaient bien malades car éprouvés par l’auto destruction. Je sentais bien que  consommer énormément augmentait ma tension nerveuse et fatiguait mon système nerveux mais c’était plus fort que moi, que tout, je devais boire. Parfois avec humour je compare le besoin de boire avec un autre besoin lui naturel : uriner.

 

En poursuivant mon analyse, je sais que la culpabilité d’avoir « mal fait » a été un facteur d’alcoolisation sévère. En effet, les actes délictueux, les insultes et les regrets ont perturbés ma mémoire pendant de nombreuses années augmentant les raisons de boire et la quantité. Cacher mes pensées, mes sentiments, refouler l’aide de mon entourage m’ont enfermé dans un personnage moitié ange moitié démon.

 Aujourd’hui, je tente d’être vrai et j’exprime vraiment mes pensées. Je suis plutôt    dans l’humilité. L’orgueil imbécile est parti. Je continue à être ambitieux mais mes désirs restent « raisonnables ». 

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

 

Il est certain que l’alcool a apporté des nuisances dans ma vie. Il m’a fait perdre du temps, de l’argent mais il a changé mon regard sur tout ce qui m’entoure et sur tout ce que j’entends. Anesthésié par le produit, j’ai vécu à côté de ma vie mais la mélancolie n’a pas toujours habité mes pensés. J’ai essayé parfois de noyer mon chagrin dans l’alcool mais avec le temps… il a appris à nager.                                          

 

 

Il y a eu des moments où l’euphorie m’a fait « planer ». Un dédoublement de

personnalité m’a permis d’être tour à tour comédien, chanteur célèbre, milliardaire, pilote de formule 1. J’avais des dispositions pour rêver ma vie, l’alcool a endormi les souffrances amenées par la réalité. Je ne regrette pas mon abstinence.

 

 

Aujourd’hui je n’ai plus besoin de ce médicament pour vivre et affronter mes

difficultés, seul le goût du bordeaux rouge m’interpelle lorsque je mange des plats cuisinés.                  

Quand je participe à une fête où il y a beaucoup d’alcool, l’alcool ingéré me gêne

mais ne me donne pas envie de consommer.

 

 

 

 

J’applique LA 1ERE RECOMMANDATION DU PROGRAMME

 

DES ALCOOLIQUES ANONYMES « NE PAS PRENDRE LE 1ER

 

VERRE. Je sais que c’est le piège à éviter.

 


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